Il s'appelait Pepito
Pepito avait seulement quelques semaines quand je l'ai adopté. J'avais 18 ans, mon premier appartement, et cette certitude d'avoir toujours besoin d'un animal près de moi.
Je suis tombée sur une annonce proposant plusieurs chatons. Sur la première photo, ils étaient tous ensemble sauf un. Un petit chat noir, seul dans un coin. Mon regard s'est naturellement arrêté sur lui.
J'ai appelé vers 16h30. Une demi-heure plus tard, j'étais là-bas.
Ce que j'ai découvert m'a choquée. Les animaux étaient amaigris, sans couchage, dans des conditions terribles. J'étais jeune. Je ne savais pas vraiment quoi penser. Mais quand je suis entrée, mon regard s'est à nouveau posé sur ce petit chat noir.
Quand j'ai dit que je l'aimais beaucoup, la dame m'a répondu : « Ah, cette pourriture ? »
Je n'ai rien su dire. J'ai simplement répondu : « Oui, madame. »
Elle m'a précisé que c'était une femelle. Moi, je voulais un mâle. Mais à cet instant, ça n'avait plus vraiment d'importance. Je l'ai pris, et nous sommes rentrés chez moi. Quelques jours plus tard, j'ai découvert avec amusement que ce petit chat qu'on m'avait présenté comme une femelle était en réalité un petit mâle. C'était bien mon petit mâle. C'était Pepito.
Au début, il avait très peur de moi. Il se cachait, je ne pouvais presque pas le toucher. Mais petit à petit, j'ai commencé à voir qu'il était très faible. Un jour, je l'ai vu avoir du mal à marcher. Pepito était couvert de puces, avait un œil voilé, séquelle d'un virus contracté tout petit et était dans un état de faiblesse inquiétant. Je l'ai immédiatement emmené chez le vétérinaire.
C'est là que j'ai appris tout ce qu'il avait subi. Sa queue était cassée à cause de mauvais traitements. Les examens ont révélé des choses que son petit corps n'aurait jamais dû avoir à supporter. Son pronostic vital était engagé.
J'étais étudiante, avec déjà deux jobs à côté. Je ne savais pas comment j'allais faire financièrement. Mais je n'ai pas réfléchi. J'ai signé. Le vétérinaire m'a soutenue, m'a proposé de régler les soins mois par mois. Alors Pepito a été pris en charge en urgence.
Pendant plusieurs mois, il a vécu en couveuse. J'allais le voir presque tous les jours. Je me mettais près de lui et je lui disais : « Mon bébé, tu vas t'en sortir. Maman est là. Tu n'es plus tout seul. »
Après plusieurs mois, le vétérinaire m'a annoncé que Pepito pouvait rentrer à la maison. Il m'a aussi confié qu'après tout ce que son petit corps avait traversé, Pepito resterait petit et que s'il arrivait à vivre jusqu'à dix ans, ce serait un exploit.
À ce moment-là, je ne pensais pas à ça. Je voulais juste le ramener à la maison.
Et c'est là que notre vraie vie à deux a commencé.
Pepito est devenu extrêmement câlin. Il me collait, ronronnait dès que je le prenais contre moi, cherchait constamment ma présence. Chaque soir, il venait se blottir contre mon ventre, sous la couette. Il me donnait des petits coups de tête et me regardait avec un amour immense. C'était notre Nid. La fenêtre était toujours ouverte, il pouvait sortir quand il le voulait mais tant qu'on n'avait pas fait notre Nid, il ne partait pas. Ce rituel, il l'a gardé toute sa vie.
Il avait son petit œil voilé, une queue un peu particulière qu'on appelait affectueusement « le pinceau », et cette petite voix bien à lui que je pouvais reconnaître entre mille. C'était toutes ces petites choses qui faisaient que c'était Pepito. Et personne d'autre.
Les années ont passé. Pepito et moi, on a grandi ensemble. On a tout vécu, les déménagements, les moments heureux, les moments beaucoup plus difficiles. Il a connu la jeune femme que j'étais à 18 ans et il a grandi avec moi jusqu'à devenir le témoin silencieux de la personne que je suis aujourd'hui. Malgré tout ce qu'il avait vécu, il avait un amour de la vie incroyable. Profondément doux, protecteur, d'une gentillesse rare.
Pepito a fêté ses dix ans dans la joie Cet âge qu'on m'avait dit être un exploit, il l'avait atteint et dépassé, plein de vie. Pendant encore deux belles années, il a continué à être là, fidèle à lui-même.
C'est à l'été 2024, alors qu'il avait 12 ans, que tout a basculé. Il a commencé à beaucoup tousser. Plusieurs vétérinaires, plusieurs diagnostics, plusieurs hypothèses. Mais sa toux ne s'arrêtait pas. Ce qui était étrange, c'est qu'en dehors de ses crises, il vivait normalement. Il mangeait, dormait avec moi, faisait toujours notre Nid. Alors j'essayais de me rassurer. Au fond, je savais que quelque chose n'allait pas.
Le 17 septembre 2024, nous sommes retournés chez le vétérinaire. Son ventre bougeait de façon anormale quand il respirait. On a découvert du liquide autour de ses poumons. Dans l'heure qui a suivi, notre vétérinaire nous a reçus en urgence. Après l'avoir examiné, elle a immédiatement appelé les urgences vétérinaires pour que Pepito soit pris en charge rapidement. Le liquide a été retiré et envoyé au laboratoire. Et l'attente a commencé. Horrible, anxieuse, interminable.
Le 20 septembre, nous avons reçu les résultats. Pepito avait un carcinome (cancer) à un stade terminal. Il n'y avait plus de traitement possible. La seule option était désormais les soins palliatifs. Faire tout ce que nous pouvions pour que sa fin de vie soit la plus douce, la plus simple et la plus confortable possible.
Notre monde s'est effondré.
À partir de ce moment-là, son père et moi nous nous sommes relayés pour qu'il ne soit jamais seul. On ne savait pas combien de temps il lui restait. Trois jours, une semaine, un mois. Personne ne pouvait nous le dire. On était brisés, terrifiés à l'idée de le perdre. Mais on voulait être là pour chaque minute qu'il nous restait avec lui.
Le 28 septembre, son état s'était encore aggravé. Nous avons appelé un vétérinaire à domicile. On ne voulait pas qu'il parte dans une clinique. On voulait qu'il soit chez lui, dans son environnement, avec nous.
Il était sur le lit, à l'endroit même où on faisait notre Nid, sur son gros plaid. On s'est mis près de lui. Je l'ai regardé et je lui ai parlé. Je lui ai dit combien je l'aimais, combien il avait compté dans ma vie, à quel point j'étais reconnaissante de l'avoir eu. Je lui ai donné tout l'amour que j'avais encore à lui donner.
Je lui ai aussi dit que je pensais l'avoir sauvé, quand je l'avais ramené chez moi à 18 ans. Mais en réalité, c'était aussi lui qui m'avait sauvée. Il avait été là pendant toutes ces années, dans mes plus beaux moments comme dans les plus difficiles. Il avait partagé ma vie pendant douze ans. Douze années que personne ne m'avait promises.
« Au revoir mon bébé. Au revoir mon fils. Au revoir, l'amour de ma vie. Je t'aime. Pour toujours. »
Après son départ, je passais mes journées à pleurer, à le chercher partout. Mais je savais qu'un jour, je ferais quelque chose en rapport avec lui. Je ne voulais pas simplement garder des photos. Je voulais que son nom continue d'exister.
House, c'est la Maison. Mon refuge. Et Pepito… c'était simplement Pepito.
J'aurais aimé pouvoir lui offrir des choses à la hauteur de tout l'amour que j'avais pour lui. Alors j'ai décidé de transformer mon deuil en héritage. Un héritage qui porte son nom. Une Maison pour tous ceux qui aiment leurs petits êtres comme leur famille.
Parce que je sais à quel point on peut les aimer. À quel point ils deviennent nos repères, une partie de nous. Et quand ils partent, cet amour ne part pas avec eux. Il reste.
House of Pepito, c'est ma façon de garder cet amour vivant. De faire vivre son histoire. Et, quelque part, de continuer à l'aimer à travers cette Maison.
— HOUSE OF PEPITO